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Kanaeva : Je ne suis pas prête de tirer ma révérence

Propos recueillis par Roman Semionov pour чемпионат.com :

Evgenia, vous venez encore une fois de remporter le grand chelem aux mondiaux de Montpellier. Quelles sont vos impressions ?
Quelle que soit la compétition, chacune apporte son nouveau lot d’émotions et d’impressions. Je suis en effet heureuse des performances que j’ai accomplies à Montpellier. J’ai été séduite par l’accueil du public et l’organisation de cet évènement. Je ne suis pas pleinement satisfaite de mes enchaînements car j’ai commis des erreurs mais j’essaye de prendre les choses du bon côté.

Vous comptez 17 titres mondiaux à votre actif. Actuellement, aucun autre athlète ne tient un tel record. Comment le ressentez-vous ?
Vous savez, je ne préfère pas penser à telle ou telle victoire. En gymnastique rythmique, comme dans beaucoup d’autres disciplines sportives, vous ne vous arrêtez jamais, il faut sans cesse aller de l’avant et se concentrer sur l’étape suivante. Le jour où on met un terme à sa carrière, là on peut se permettre de compter ses médailles, de s’en satisfaire et d’en tirer des conclusions. Honnêtement, je suis très heureuse d’avoir des entraîneurs qui nous font constamment nous remettre en question et qui ne nous laissent pas nous reposer sur nos lauriers.

Vous avez la possibilité de vous reposer un peu maintenant ?
Oui mais seulement pour six jours. Le sport de haut niveau ne permet pas de se reposer longtemps et de rester sans rien faire. Il faut garder la forme, surtout quand la discipline qu’on pratique est un sport jeune comme la gymnastique rythmique.

Avec un palmarès comme le vôtre on comprend que votre motivation soit de participer aux championnats d’Europe et du monde, pourtant vous êtes également sur des tournois moins importants ?
Je sais que ça ne durera pas. Je dirais que c’est une courte période dans une vie mais c’est certainement la plus remarquable. C’est la raison pour laquelle je me donne à 100% à chaque compétition quelle qu’elle soit. J’adore la gymnastique rythmique et je suis encore plus heureuse quand les spectateurs aiment mes enchaînements et qu’ils réagissent avec enthousiasme.

Vous êtes à un stade de votre carrière où vous “subissez un test de célébrité”. Qu’en pensez-vous ?
C’est agréable d’être le centre d’attention, lorsque les fans sont heureux et viennent nous féliciter. Cependant, je ne pense pas mériter d’être mise sur un piédestal. Les étoiles brillent au-dessus de ma tête et je ne me considère pas une célébrité. Il y a tant de gens qui réussissent dans différents domaines et pas nécessairement dans le sport. On écrit et on parle de ces personnes dans les médias parce qu’elles l’ont mérité à force de travail et de patience. La seule chose que j’espère pour nos héros, par “héros” j’entends les athlètes qui remportent des médailles pour leur pays, c’est qu’on se rappelle d’eux après leur descente de podium, une fois que le tournoi est fini. C’est important qu’ils ne tombent pas dans l’oubli et que leurs fans continuent à s’intéresser à leur parcours.

Cela signifie que vous ne menez pas une “vie de célébrité” ?
Non, je vis des journées d’entraînement standard comme n’importe quelle athlète pour le moment. Je ne pense pas que ma vie soit si différente des autres même si les médias ont un peu les yeux rivés sur moi (rires).

Irina Viner est un peu dure et totalitaire d’une certaine manière en tant que sélectionneuse nationale. Est-elle dure avec vous ou cette période est-elle révolue ?
Non, elle n’a jamais élevé la voix sur moi. Elle trouve toujours la bonne approche avec chaque gymnaste. Irina Aleksandrovna sait parfaitement quelle attitude adopter, parfois il est nécessaire de crier, d’autres pas et parfois ce sera à voix basse et avec beaucoup de calme. Nous sommes tout à fait heureuses d’avoir à nos côtés un entraîneur de son talent. Elle est comme un guide pour nous.

Quant à vous, vous arrive-t-il de donner des conseils aux nouvelles recrues qui intègrent l’équipe ?
Oui bien sûr. Il y a beaucoup de jeunes dans l’équipe dont une fille qui vient d’Omsk comme moi. Je les affectionne toutes beaucoup, on est très soudées. Et, encore une fois, je ne suis pas la seule à les conseiller, elles m’apportent tout autant. On passe tellement de temps ensemble, on vit ensemble, je sais que je peux compter sur elles quoi qu’il advienne.

Avez-vous encore besoin d’être conseillée dans votre vie professionnelle ?
Oh oui, toujours.

Il reste moins d’un an avant les prochains Jeux Olympiques de Londres. Comment envisagez-vous l’évènement ? Quelles sont vos ambitions ? Vos rêves ?
Vous ne pouvez jamais planifier dans le sport. Premièrement, il faut être sélectionnée aux Jeux Olympiques. Puis il y a plusieurs étapes à franchir comme travailler sur de nouveaux programmes. Donc, ça ne sert à rien de regarder trop en avant. Les places nominatives ne seront attribuées que quelques semaines avant les Jeux de toute façon. En général, je me tiens à travailler dur, écouter mon entraîneur, prendre soin de ma santé et être reconnaissante du chemin parcouru (sourire).

Vous avez signalé plus tôt que la vie sportive est courte. Que prévoyez-vous de faire après votre carrière ?
Seul le sport est au coeur de mes préoccupations et je ne sais pas ce qui arrivera par la suite. On peut toujours avoir une idée sur le moment qui sera différente dans six mois. Pour l’instant, je suis ici et je ne me consacre qu’au moment présent. Sans ambigüité, en ce qui concerne la gymnastique, je ne suis pas prête de tirer ma révérence.

Photos : Oleg Naumov
Traduction : Bodychou