Communauté / Presse

Evgenia Kanaeva à fleur de peau

Voici un article issu de SportExpress.ru sur notre championne d’Europe et olympique: Evgenia Kanaeva. Malgré sa jeunesse, elle a damé le pion aux grandes dames de ce sport dont Anna Bessonova qui avoue cette victoire truquée. Le sport est souvent injuste, à vous d’en juger!

Elle est toujours timide lors des conférences de presse, préfère rester évasive plutôt que de se lancer dans des réponses trop recherchées. Parfois même, elle est embarrassée par la plus innocente des questions. Bien entendu, cela passera et bientôt elle s’habituera à l’attention du public. Car à partir de maintenant, les yeux sont constamment rivés sur elle. Rappelons qu’elle n’a que 18 ans et qu’elle est la plus jeune à cet âge à avoir fait son chemin jusqu’en finale à Pékin. Cela veut dire que ce ne seront certainement pas ses dernières olympiades. Dans quatre ans, Evgenia aura la chance de devenir une seconde fois championne olympique. Ce qui serait une première pour la gymnastique russe*.

L’apogée de Kanaeva est souvent comparée à quelque chose d’extraordinaire puisqu’elle est passée du secteur junior à l’or olympique en une saison seulement. Ceux qui la connaissent davantage appuient plus sur sa fantastique capacité de travail. Alina Kabaeva souligne que “plus les gymnastes sont jeunes, plus elles travaillent dur. Je me souviens, lorsque j’avais 15 ans, que jamais je n’aurais cru être championne d’Europe la même année. Même Irina Viner, mon entraîneur, n’y croyait pas. Et pourtant j’y suis arrivée. Pourquoi? Parce que j’ai travaillé dur, parfois même jusqu’à rester au gymnase après onze heures du soir. Les gymnastes plus avancées en âge peuvent se permettre moins de rigueur ou même de manquer l’entraînement si elles ne se sentent pas en forme. Elles pensent qu’elles ont déjà un niveau suffisant et qu’elles ont le droit de montrer des signes de faiblesse. Elles oublient la petite fille qui travaille avec acharnement juste à côté et qui aime en plus se donner à fond parce que pour elle, il n’y a rien de plus important dans sa vie. Puis il apparaît vite qu’elle est mieux préparée que les anciennes”.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec Kanaeva cette saison: elle est passée devant les deux leaders de l’équipe russe: Vera Sessina et Olga Kapranova. Le plus important c’est de pouvoir se maintenir dans le même état d’esprit le plus longtemps possible. Voici d’ailleurs le point de vue de Kanaeva: “Mon attitude envers la victoire est de rester calme. Bien sur que c’est agréable de gagner mais à peine est-on descendu du podium qu’il faut à nouveau tout recommencer. Je tâche donc de garder toujours ça à l’esprit”. “Evgenia réussit d’abord et surtout par diligence”, déclare son entraîneur Vera Shtelbaums, elle fait le parallèle entre Kanaeva et Irina Tchachina, son ancienne élève et vice-championne olympique à Athènes, par rapport à leur ressemblance physique. “Bien qu’Irina ait naturellement un excellent saut, il a fallu beaucoup le travailler avec Evgenia. Selon moi, son programme était le plus élevé de toutes les compétitrices à Pékin. De plus elle réalise ses éléments plus proprement que les autres et avec tant de facilité que les spectateurs pensent d’ailleurs que c’est facile! Elle n’a même pas d’engin préféré. Tchachina aimait la corde et le cerceau alors qu’Evgenia n’en discrimine aucun”.

Quand on demande à Kanaeva si elle se lasse de la gymnastique, elle répond calmement: “Oui, bien sûr mais ça me passe rapidement. J’aime ma vie et je sais que le sport, surtout le nôtre, ne dure qu’un temps. Voilà pourquoi je m’y dévoue totalement. On ne peut pas se permettre de faire un break ne serait-ce qu’une semaine, au risque de perdre la forme et de ne plus la retrouver”.

Autre caractéristique d’Evgenia: sa superbe capacité à garder son sang-froid à toute épreuve. A vrai dire, elle n’a vraiment commencé sa “carrière” qu’aux championnats d’Europe 2007. Elle a d’ailleurs appris qu’elle y participait seulement deux jours avant le départ pour la compétition. Elle devait remplacer au pied levé Alina Kabaeva atteinte d’une blessure. Evgenia s’est illustrée au ruban et a remporté le titre de la finale. Sur le podium, elle n’a pas pu retenir ses larmes. “Je pleure rarement en fait,” explique-t-elle plus tard. “Mais quand il y a trop de tension et que tout arrive si soudainement, j’ai du mal à me contrôler”.

Kanaeva a versé quelques larmes à Pékin pendant la compétition mais seule son entraîneur l’a vu. “J’ai terminé mon dernier enchaînement et j’ai senti les larmes me monter aux yeux. J’ai compris que j’avais réalisé une belle performance, je ne savais pas encore que j’avais gagné, les résultats n’étant pas encore déclarés”. Shtelbaums connaît bien son élève et sait qu’elle n’est pas du genre à montrer ses émotions mais la pression olympique influe sur n’importe quel athlète et elle a fini par gagner aussi Evgenia. “Cela explique certainement son erreur à la corde en phase de qualifications, heureusement qu’elle a su se reprendre pour la suite. Afin de calmer sa nervosité, je lui répétais d’oublier les Jeux et d’imaginer que c’était une simple compétition de routine. L’important est d’entrer sur le praticable et de montrer tout ce dont tu es capable.”

Shtelbaums ajoute avec un sourire qu’Evgenia est surnommée “Mère Thérésa” au club d’Omsk. Elle est d’une nature très gentille et essaye toujours d’aider les autres. Il y a quelques temps, nous avions un vestiaire trop petit pour le nombre d’enfants, du coup les petits perdaient sans arrêt leurs affaires. Une fois je cherchais Evgenia, elle était entrain de trier les chaussures des plus jeunes. Quand je tombe malade, elle court à la pharmacie me chercher des médicaments même quand je n’attrape qu’un pauvre rhume. Elle est ma petite infirmière, elle a un coeur d’or.”

Après la cérémonie des médailles et la conférence de presse, les gymnastes devaient se rendre au contrôle anti-dopage. Kanaeva en est ressortie deux heures après, le palais des sports désert, un sac dans une main, des cerceaux dans l’autre. Un de nos collègues qui attendait la championne olympique pour une dernière interview lui a demandé où était sa médaille. Evgenia lui montre le sac qu’elle tient. “Pourquoi l’as-tu enlevé?” insiste-t’il. “Je viens de me faire contrôler,” répond-elle avec un sourire en commençant à rougir. “Pourquoi me serais-je assise là-bas avec ma médaille?”

———-

*Je ne cherche pas à contredire la journaliste mais Elena Posevina, membre de l’ensemble russe a remporté deux titres olympiques en 2004 et en 2008. Ce ne serait donc pas une première en gymnastique si Kanaeva remportait les J.O. 2012. Le travail des ensembles passe souvent aux oubliettes, alors qu’elles travaillent autant voire plus que les individuelles. Je tiens aussi à préciser qu’il n’est pas facile de se maintenir à un tel niveau pendant deux cycles olympiques, les exigences d’un ensemble étant très strictes.

Photo: Evgenia Kanaeva dans les bras d’Inna Zhukova, toutes deux viennent d’apprendre qu’elles remportent respectivement la médaille d’or et la médaille d’argent des J.O. de Pékin.