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Zoom sur l’après J.O. “Anna Bessonova”

Interview d’Anna Shpak

Introduction: Les résultats des J.O. ont été discutés et revus en détail mais cela ne suffit pas pour calmer les émois. Anna Bessonova fut bel et bien victime d’injustice aux niveau de sa notation l’empêchant d’empocher l’or tant mérité. Certes, une deuxième médaille de bronze olympique quatre ans après Athènes n’est pas rien mais elle ne reflète pas assez l’extrême talent de l’ukrainienne. Bien entendu, nous n’allons pas revenir, avec Anna, sur ses notations, ses fautes, les juges, les autres compétitrices ou encore la politique de la Fédération internationale de gymnastique. Nous sommes, le temps de cette interview, les invités d’une famille de stars. Ce sont les nombreux trophées qui captent immédiatement notre attention. Lorsque les Bessonov ont emménagés dans cette maison au début des années 1980, ils ne se doutaient pas que leur famille deviendrait une dynastie du sport, que vingt ans plus tard, le père et la mère auraient à déplacer leurs trophées de football et de gymnastique pour faire place aux médailles de leur célèbre fille. Rien que le salon ressemble à un musée et n’importe quel journaliste ne peut s’empêcher de s’y attarder. Honnêtement, je souhaitais inspecter la moindre petite chose qui se trouvait sous leur toit. Au départ il n’y avait qu’une simple ampoule dans cette pièce, puis sont venus s’ajouter petit à petit les coupes, les récompenses, les médailles et les diplômes. Il est vrai que le premier sujet abordé était la fameuse médaille de bronze, très décevante pour Anna qui n’hésite pas à souligner qu’elle en souffre encore. Nous avons pu rapidement changé de sujet grâce à l’interruption de Madeline, l’adorable Yorkshire terrier, que toute la famille surnomme Moosya.

A.S.: Cette dernière saison, tu as changé beaucoup de choses à la composition de tes programmes, qui t’ont fait encore aborder de nouveaux styles. Tu dois avoir une belle collection de tenues?A.B.: Toutes les tenues que j’ai portées en compétition m’appartiennent et se trouvent ici. J’ai gardé celles qui avaient le plus de succès et les plus attrayantes. Sinon j’en ai donné quelques unes au Musée de l’Histoire du Sport et vendu certaines à de jeunes gymnastes. Chaque tenue étant délicatement et spécifiquement confectionnée à la main, elles sont chères, représentant chacune une pièce unique, elles ne peuvent donc pas être portées par tout le monde.

A.S.: As-tu un hobby pour lequel tu passes beaucoup de temps?
A.B.:Contrairement à beaucoup d’athlètes, les grandes compétitions ne me font pas peur. J’en profite pour rapporter des souvenirs de mes voyages à mes proches. Pour moi-même, je ne le fais pas, je ne suis pas du genre à m’attacher aux bricoles et je n’aurais d’ailleurs pas assez de place où les mettre. Par contre, je ne peux pas me passer d’internet et j’adore danser.

A.S.: Quand prévois-tu de te lancer dans le projet “Dancing with the Stars?”
A.B.: J’étais invitée pour y participer cet automne mais la préparation et l’enregistrement étaient prévus cet été peu de temps avant les Jeux Olympiques. Je n’aurais pas pu tout gérer. Ce projet étant très populaire dans notre pays, je pense m’y consacrer sérieusement dès le printemps 2009.

A.S.: Beaucoup d’athlètes à la fin de leurs études poursuivent d’autres sujets. Continueras-tu dans ce sens avec la gymnastique?
A.S.: Souvent quand on souhaite rester en forme, on pratique l’aérobique, on s’inscrit dans un club de sport ou on va tout simplement courir, ce qui permet aussi de se relaxer. Mais pour quelqu’un comme toi, qui impose tant à son corps, comment fais-tu pour te détendre?
A.B.: Ma réponse va surement vous surprendre, je me détends tout simplement sur le canapé devant la télé. Après l’entraînement, je n’ai qu’une envie, m’écrouler sur mon lit. Je ne souhaite ni manger, ni lire, seulement dormir.

A.S.: Ta famille et toi, comment-vous répartissez-vous les tâches du quotidien?
A.B.: Normalement le premier rentré du travail se plie aux tâches ménagères mais la plupart du temps c’est maman qui s’y plie. Elle est un peu le cerveau des opérations et la femme idéale de la situation.

A.S.: Dans la publicité ukrainienne pour Oriflame, tu es encore représentée en tant que gymnaste. N’as-tu jamais eu envie de changer de style ou de coiffure ou tout simplement de t’impliquer dans un rôle différent que celui de compétitrice?
A.B.: Je suis vraiment satisfaite de ce que je fais à l’heure actuelle et je ne ressens pas le besoin de changer quoi que ce soit. J’ai toujours voulu maintenir mon style classique, aussi bien au niveau des tenues que de mes compositions. En aucun cas, je ne souhaiterais changer ce que j’ai au plus profond de moi. Même si, quand j’étais petite, j’adorais me maquiller à tout va avec les cosmétiques de ma mère, comme n’importe quelle jeune fille d’ailleurs. J’ai même essayé de me couper les cheveux toute seule, circulairement autour de la tête afin de ne plus avoir mes cheveux dans les yeux. Mais quand ils ont repoussé, ils se sont mis à pointer n’importe comment, un peu comme un hérisson.

A.S.: Ta famille voit la vie dans son ensemble. Mais vous êtes justement rarement ensemble. Malgré ça, vous devez bien avoir quelques traditions?
A.B.: Malheureusement, les traditions se sont quelques peu perdues avec mon frère. Lorsque nous étions enfants, la nuit du jour de l’an, Sasha et moi avions l’habitude de nous rendre au cirque. Lorsque notre père rentrait de ses tournois internationaux, nous nous mettions à jouer à plein de jeux avec lui. Aujourd’hui, ce que je peux appeler tradition, c’est le moment où je me prépare à partir pour une compétition. Mon père, quand il est à la maison, me conseille sur la manière dont je devrais me coiffer, ce que je devrais porter comme vêtements et comme bijoux. Ces petits moments sont pour lui très précieux. Papa adore que je lui montre ce que je rapporte de mes voyages. Lui n’a besoin de rien, il s’en fiche, n’importe quel petit cadeau le rend heureux. Mais ce serait encore mieux si l’on pouvait passer plus de temps ensemble.
En ce qui concerne les anniversaires, il est vraiment difficile de se retrouver en famille. Pour son propre anniversaire, Papa ne peut pas être là. Pour celui de Maman, il y a généralement compétition et pour le mien, qui a lieu en été, j’ai un meeting annuel à Alushte. Mais même là-bas, on n’oublie jamais de me le fêter. L’année dernière, je me souviens qu’à 6h du matin, avant la première séance d’entraînement, 120 gymnastes ont chanté “Joyeux Anniversaire” pour réveiller notre équipe.

A.S.: Chercherais-tu du travail à l’étranger?
A.B.: Je n’aime pas être loin de chez moi, Kiev me manque toujours. Je préfère partir pour une courte durée et seulement pour les compétitions de grande importance.

A.S.: Vas-tu mettre un terme à ta carrière à la fin de cette saison?
A.B.: Jusqu’à la fin de l’année, j’ai beaucoup à faire: la Coupe du Monde, les championnats du Monde au Japon et quelques autres tournois. Après Pékin, nous avons discuté en famille de l’avenir. Mais pour le moment, je n’ai pas encore pris de décision.

A.S.: Et la chienne dans tout ça?
A.B.: Vu notre train de vie, avoir un chien n’a pas été chose facile. Ma mère et moi en voulions un depuis longtemps. Nous avons abandonné l’idée d’en prendre un gros et opté pour un petit chien mignon qui puisse tenir facilement dans un sac à main. Elle est d’ailleurs de la même race que celle d’Irina Deriugina. Elle est très sage et très obéissante. Nous l’emmenons souvent avec nous en compétition et tout le monde l’adore. Elle aime bien jouer avec mes peluches et les considère comme ses amis muets. Elle se comporte en leader devant eux comme si elle se prenait pour leur boss. Son préféré est un tigre à rayures qu’elle emporte avec elle dès qu’elle va se coucher.
Ma chambre est couverte du sol au plafond de peluches. La plupart proviennent de mes fans. De toutes, j’aime les animaux sauvages (tigres, léopards, cheetahs), peut être parce que lion est mon signe astrologique. Pourtant, un jour, j’ai eu un chaton, mais nous ne nous sommes pas bien rapprochés. En plus nous y étions tous allergiques à la maison. En ce qui concerne ma collection de peluches, je pense très bientôt leur trouver de nouveaux propriétaires, notamment les donner à des enfants.

“Madame, lady, mademoiselle”
Au bout du monde
A.B.: Certains fans me suivent partout dans le monde. Je trouve des informations sur moi un peu partout bien qu’en Ukraine je n’ai pas de fanclub, ce qui d’ailleurs ne m’attriste pas le moins du monde puisque le public ukrainien me prouve sans arrêt son intérêt et son amour à chacune de mes évolutions. Je reçois d’ailleurs quantité de cadeaux de la part d’admirateurs de la discipline. C’est sur le praticable que je ressens le plus cette admiration, notamment en Espagne, en Italie et au Japon. Etre appréciée et aimée de par le monde m’apporte énormément de bonheur. Ma plus grande fan est d’ailleurs espagnole, elle me suis dans chacun de mes déplacements et m’offre des cadeaux de sa confection. L’année dernière, pour mon anniversaire, elle m’a offert mon portrait en peinture à l’huile. Il était parfaitement réalisé à partir d’une photo. Je l’ai encadré il y a quelques temps et cherche une place sur le mur pour l’y accrocher.

Le régime selon Anna
A.B.: En gymnastique, il faut vraiment faire très attention à son poids. Cela peut surprendre mais je n’ai jamais suivi de régime. Quand je me mets à table, je pense uniquement à mes objectifs, voilà pourquoi je mange surtout des légumes. Je n’ai jamais été très bec-sucré, ce qui me permet de ne pas être attirée par des aliments trop calorifiques. Parfois il m’arrive de me faire plaisir et de manger des blinchiki (petites crêpes russes), sachant que je brûle rapidement les calories dès que je m’entraîne. Mes repas consistent en fruits, légumes et fromage et quand il s’agit de cuisiner, je ne me prépare que des plats très légers. J’aime beaucoup combiner plusieurs sortes de légumes. Maman me connaît pour mon attitude “capricieuse” envers la nourriture et elle essaye toujours de cuisiner simple et délicieux à la fois. De toute manière, même si mon estomac n’est rempli que de salade et de légumes, l’activité physique reste le meilleur brûleur de graisses.

Figure paternelle – synonyme de leader
A.B.: Je sais cuisiner en théorie plus qu’en pratique. Je sais que dans l’avenir Maman me confiera tous ses secrets pour que je puisse me débrouiller quand je m’installerai seule. Papa est assez exceptionnel en matière d’excellence culinaire, quand il est à la maison bien entendu. En revenant des J.O., il nous a épaté ; il a changé tous les sols de la maison, a fixé un lustre-chandelier au plafond du salon et retapé ce qui en avait besoin.

Un talisman contre l’injustice des juges
A.B.: J’ai voulu porter le pendentif des anneaux olympiques après avoir visité le musée de l’histoire du sport qui se trouve au sein du Comité International Olympique en Suisse. D’ailleurs, l’ordre olympique est la récompense la plus élevée attribuée par le C.I.O. et il représente lui-même les anneaux olympiques. J’ai le sentiment qu’un joaillier de Kiev l’a réalisé en or blanc. A première vue, les décorations ne sont pas excessives mais son agencement semble élégamment complexe. Je ne m’en suis jamais séparé. Il m’arrivait même de le porter en compétition jusqu’à ce que je reçoive un avertissement de la part d’un juge qui comparait le port du talisman au port d’une montre alors que le règlement nous permet de porter quelques bijoux dont les pendentifs tant que cela ne nuit pas à notre enchaînement. J’ai alors compris que les juges se servaient de ces petits détails, que je trouve plus que futiles, pour me sanctionner à leur bon vouloir. Petit à petit, un rien que je puisse faire les mettait en rogne. Malgré ce qu’ils sont, je suis reconnaissante de ne pas avoir été pénalisée, aujourd’hui je ne risque plus rien.

Devenir gymnaste, une éducation
A.B.: Mes parents et mes entraîneurs (Albina et Irina Deriugina) ont surveillé, dès ma plus tendre enfance, mes goûts en matière de littérature. Après le russe et ses classiques, j’ai entrepris de lire la psychologie du sport puis je me suis attaquée à des sujets encore plus profonds. Mais je ne peux pas non plus me passer des histoires d’amour à l’eau de rose, ni des magazines de mode qui me permettent de rester dans l’air du temps. Surtout quand je voyage ou que je cherche à me détendre. Bien que les analyses complexes soient particulièrement utiles, je n’ai pas la tête à ça quand je pars en compétition. J’ai assez de stress à gérer comme ça. Pendant les rencontres, je me consacre à l’agenda sportif (planificateur quotidien) sans lequel il serait difficile de retravailler ses erreurs et de réviser son programme. Je pense d’ailleurs le publier tôt ou tard, c’est un outil de travail très utile et intéressant pour les sportifs.

Engins chéris ou ballon porte-bonheur
A.B.: Pour un bon nombre d’athlètes, il y a des choses que nous chérissons particulièrement, que nous voulons conserver même après notre carrière. En ce qui concerne mes engins, ce n’est pas le cas. Par contre, j’ai récemment reçu un ballon qui semble porter chance aux athlètes espagnols. A l’Euro Cup 2008, l’Espagne a remporté la finale de football et je pense que c’est grâce à moi (- elle éclate de rire -). Non la vérité, c’est que j’ai pris le ballon pour l’essayer et ai souhaité très fort que l’Espagne remporte le match. Et ça a marché. Aussi, à l’Open de France, je soutenais Rafael Nadal pendant la finale alors que mon frère et mon père étaient pour Roger Federer. Et c’est l’espagnol qui a gagné. Il est vrai que j’avais très envie d’emporter ce ballon porte-bonheur à Pékin mais il aurait pris trop de place. De plus je n’aurai pas eu le temps de le dégonfler puis de le regonfler une fois sur place. Je l’ai donc laissé à Kiev, essayant de ne pas me sentir trop démunie.

Mon frère
A.B.: Mon frère vit de sa passion pour la peinture, il peint de l’abstrait et des paysages. Il connaît beaucoup de styles différents et est très créatif dans bien des domaines. Il a beaucoup de goût. Pour ma part, je ne suis pas très douée à ce niveau, c’est pourquoi je lui demande toujours ce qu’il pense de ci ou de ça et recherche son approbation. Ses tableaux ne gâchent rien au décor, ils vont bien avec mes médailles et sont faits pour rester ensemble. Sasha me dessine beaucoup quand je gym et s’intéresse de très près aux projets dans lesquels je pourrais m’investir. Il agit beaucoup comme mon manager, signe des contrats à mon nom, et maîtrise de très près la législation de ce travail. Il est plus qu’un frère pour moi, il est d’une aide précieuse. Je prends tout de même des décisions par moi-même mais quand je suis très occupée j’aime avoir l’avis de Sasha.