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Confessions d’une ancienne moqueuse

Voici la traduction d’un article qui serait, je crois, une bonne réponse à un autre article, paru lui aussi dans la presse américaine il y a quelques jours, qui dénigrait totalement la GR et la natation synchro et dont l’auteur encourageait vivement leur suppression en tant que discipline olympique. Comme quoi on juge toujours avant même de connaître, on est tous plus ou mois comme ça et on va pas refaire le monde mais de là à dire n’impore quoi, lisez plutôt ça:

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“Pékin – Au premier abord, la gymnastique rythmique peut faire avoir le fou rire. Les tenues, le maquillage en excès, les rubans, c’est quoi l’affaire? Et cette souplesse? Ca fait plutôt peur. Et vous appelez ça du sport?

Puisqu’on se moque de ce qu’on ne connaît pas, je dois dire qu’avec mes talents de moqueuse professionnelle, la gymnastique rythmique a pris une sacrée raclée. Je ne pouvais pas m’y faire alors j’en ai ri.

Puis j’ai commencé à regarder.

Je me suis descendu le pack entier d’energydrink ou devrais-je dire de rhythmicdrink et prévois de déménager en Russie pour apprendre à exécuter les enjambés. Voilà qu’après une première soirée de qualifications je laisse échapper les mots que je n’aurais jamais pensé prononcer un jour: “la gymnastique rythmique est vraiment, vraiment cool!” On dirait un mélange de danse et de Cirque du Soleil – avec des accessoires.

A l’origine, je suis venue à cette compétition pour découvrir pourquoi la gymnastique rythmique était si populaire en Europe. Et l’Europe en question remplissait bien les tribunes. Les russes scandent “Russia” à tout bout de champ, les médias azéris soutiennent leur équipe avec ferveur et les ukrainiens agitent leurs drapeaux bleus et jaunes en soufflant dans leurs cornes de brume. Ces dernières m’ont d’ailleurs un peu troublées.

Ce que les photos et les vidéos ne rendent pas en gymnastique rythmique, c’est sa complexité ainsi que la vive excitation qu’apporte le sport, surtout lors des passages en ensembles.
En regardant les photos, on ne voit qu’un groupe de filles dans des positions inextricables et quelques cerceaux par ci par là. Alors qu’en direct, on réalise que pour arriver à cette position, une fille a lancé trois cerceaux du pied étant elle-même en mouvement et la tête en bas, que les cerceaux en question sont rattrapés à des coins opposés du praticable par les jambes de trois filles positionnées en forme de “S”.
L’équipe du Bélarus avait un mouvement spectaculaire où deux cerceaux étaient maintenus en forme de 8 par une massue. L’une des filles faisait alors tournoyer ces cerceaux pendant que trois de ses coéquipières sautaient tour à tour à travers en grands enjambés.
Sérieux??
Et le passage aux cordes, c’était tellement extraordinaire: cinq filles, cinq cordes et une complexité d’enfer. On ne peut s’y méprendre!

Les russes ont dominé ce sport pendant des années et leurs fans sont bel et bien au rendez-vous, pour ça, il est clair qu’on les entend dans les tribunes. J’ai entendu dire que la Russie et l’Ukraine étaient des adversaires féroces et je me suis demandée comment allait se positionner Anna Bessonova, la reine de ce sport.
Je crois qu’on peut faire confiance aux russes quand il s’agit d’exprimer leur mécontentement, à ce niveau, ils sont d’ailleurs convaincants! Pauvre Bessonova coincée entre les deux russes et les azéris qui s’entraînent elles-aussi en Russie. C’est au beau milieu de la joie festive des russes que Bessonova salue les juges et se met à faire de la magie avec une paire de massues.
A son entrée, la froideur des russes était presque palpable, on pouvait ressentir à quel point toute cette arène espérait la chute de l’engin de l’ukrainienne.

Bessonova (photo ci- contre) se positionne au centre du praticable la jambe levée à 180 degrés, une massue en équilibre au creux de son pied et patiente, imperturbable, que la musique commence. Fantastique! Mon enthousiasme a même fait taire un peu les russes.

[…] Le reste vous l’avez surement suivi mieux que moi.

Oh la la, tout ce tremblement!! N’est-ce pas tout cela qui rend le sport si excitant? Avoir à redire et discuter de l’évènement en question à peine terminé? Quand il s’agit d’une course, celui qui franchit la ligne d’arrivée a gagné et puis c’est tout. Pour des sports tels que la gym ou le patinage qui sont subjectivement jugés, il y a plein de raisons de revenir dessus et d’aborder le sujet au dîner, au café, puis encore au dîner sept semaines après. Et nous voilà reconvertis en juges de salon, nous offrant le droit de donner notre opinion, probablement fausse, à qui le veut. C’est tout simplement génial tout comme l’est la gym.

Mais si après m’avoir lue, vous êtes toujours enclins à vous moquer, plus qu’à vous émerveiller, de la GR, tirez une page de mon livre et allez voir une compétition. Votre vie prendra un nouveau tournant. Ou, au moins, il se peut que votre tolérance pour les paillettes atteigne un autre niveau.

Stacey Nash (nbcolympics.com)