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Cap sur Israel

Dans un coin du gymnase, en plein échauffement, 6 membres de l’équipe olympique bavardent dans une langue mi-russe mi-hébreux tout en s’étirant avec une facilité déconcertante sur le praticable dans des positions de souplesse extrême.
Pendant ce temps, Irina Risenson, qui matche dans la catégorie individuelle, travaille son saut à boucle sans relâche.
Nous sommes en fin d’après-midi et ces jeunes athlètes âgées de 17 à 22 ans n’ont pas cessé de la journée. Leur tenue, hauts et shorts noirs faisant penser à un uniforme, renforcent le sentiment de discipline et de rigueur qui transparaît à chacun de leurs enchaînements.

“Il y a des mouvements difficiles et d’autres plus faciles,” précise Risenson, 20 ans, cheveux auburn rattachés en un parfait chignon. Elle s’assoit sur un banc le temps de regarder l’évolution des gymnastes de l’ensemble. Elles travaillent toutes au moins 10h par jour.
“Mais nous savons pourquoi nous sommes là,” ajoute-t’elle. “Et mon objectif est les Jeux Olympiques.” Comme toute olympienne, son ultime motivation est la médaille d’or.
“Cela fait partie du rêve,” dit-elle avec un large sourire qui contraste nettement avec la grimace des deux dernières heures lorsqu’elle s’appliquait à perfectionner ses sauts et ses pivots devant son inflexible coach, Ira Vigdorchik. Cette dernière entraîne Risenson depuis l’âge de 9 ans, la même année qu’elle et sa famille ont immigré d’Ukraine en Israël. Le russe est la langue prédominante au gymnase puisque six des huit gymnastes ont immigré de l’ex-Union Soviétique. Les deux natives d’Israel sont des filles d’immigrés: Rachel Vigdorchik qui encadre Irina Risenson, et Neta Rivkin qui, à 17 ans, est la plus jeune membre de l’équipe olympique.

C’est d’ailleurs grâce au nombre de gymnastes rythmiques qu’Israël compte presque autant de femmes que d’hommes dans son contingent olympique qui s’élève à 39 membres.
Selon Rachel Vigdorchik, on compte environ 3000 gymnastes licenciées à travers le pays. Elle supervise 300 d’entre elles au club d’Holon (qu’elle dirige) ainsi qu’une autre division à Jaffa pour les ressortissantes arabes.
Vigdorchik, qui est arrivée en Israël en 1979, était désignée pour participer aux Jeux Olympiques de 1980 à Moscou, ville dont elle est originaire, mais elle n’a pas pu concourrir. En effet, l’équipe israélienne boycottait les Jeux aux côtés d’autres nations en protestation contre l’invasion des soviétiques en Afghanistan.

Le regard tourné vers toutes ces gymnastes qu’elle a entraînées et qu’elle entraîne, la plupart depuis qu’elles sont petites filles, Vigdorchik confie qu’elles les considèrent comme sa famille. Elle ajoute qu’avec les Jeux de Pékin, “la boucle est enfin bouclée.” Elle est fière que la GR, amenée par les immigrés russes dans les années 1970, est pris un tel essor ici en Israël.
“La GR est devenue très populaire mais nous avons besoin de plus d’investissements de la part du gouvernement et de plus de sponsors,” dit-elle en écho à la demande constante de la Communauté Sportive israélienne.

Pour ceux qui ont grandi sous l’Union Soviétique où cultiver le sport et l’élite sportive sont une priorité nationale, le contraste en Israël reste quelque peu discordant.
Ela Samotalov, entraîneur de l’équipe nationale bélarusse, est arrivée de Minsk en 1991 et déclare ne s’être toujours pas familiarisée avec la culture sportive plus spartiate d’Israël. Elle se plaint, entre autres, du fait qu’il n’y ait aucun statut pour être entraîneur ici. Pour elle, seules les gymnastes nées en Russie peuvent comprendre le dévouement qu’il faut pour exceller en gymnastique et ceci découle surtout des familles qui ont toujours eu cette approche de la perfection et de l’intensité du travail. “Mais les gymnastes israéliennes sont sur la bonne voie, cela prendra simplement du temps, le sport n’est pas le fruit de miracles mais de beaucoup de travail.”
Neta Rivkin, 17 ans, est une des fiertés de Samotalov et la preuve que sa méthode fonctionne à long terme. Cette année, elle n’a pas cessé de s’améliorer. A propos de Pékin, Rivkin précise qu’elle fera de son mieux, elle pense surtout être impressionnée par le public et l’importance de participer à une compétition de cette envergure.

Irina Risenson rigole au souvenir de ses débuts en GR près de Kiev en Ukraine. Elle se rappelle qu’elle était tout le temps malade et qu’elle attrapait souvent la grippe. Les médecins avaient conseillé à ses parents de lui faire faire du sport pour renforcer son corps et le club le plus proche de chez elle était un club de GR. Aujourd’hui, Irina a fini 7ème aux derniers championnats du Monde en septembre 2007.

Le soulagement et la satisfaction ne viennent qu’après un enchaînement réalisé et terminé avec succès. “Alors après je repense à tout et je me focalise sur la suite.” Ses yeux brillent quand elle décrit ses enchaînements accompagnés de musique indienne et de samba…
“Malgré mes origines, je ne souffre pas de ma nouvelle identité. Je me suis complètement intégrée et à la vue du drapeau israélien, je ressens même un frisson de fierté.”

Source: The Jerusalem Post (sports.jpost.com)

Photos: © Alessandra Favorato Irina Risenson, en blonde, hé oui!! la belle adore changer de couleur de cheveux. Châtain foncé au naturel, il est courant de la voir en brune, auburn, ou rousse.