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Shin Soo-ji : la prétention olympique a un prix

Article extrait de dongA.com

La veille du 26 février, il se mit à neiger, impact assuré sur la température qui chuta brusquement. Même à l’intérieur du gymnase du lycée Sejong de Suseo, Gangnam-gu à Séoul, il fait presque aussi froid que dehors. C’est là que s’entraîne “la fée de la gymnastique rythmique,” Shin Soo-ji, jeune coréenne âgée de 16 ans.
Le lieu est bien trop froid pour permettre aux gymnastes de s’entraîner. Les gymnastes, pour lesquelles la souplesse est fatalement importante, risquent de graves blessures à répétition à une température aussi basse. Pourtant, les voilà qui s’échauffent, couvertes de plusieurs couches de tee-shirts et de chaussettes.
Shin Soo-ji a remporté la première place des sélections coréennes pour les Jeux Olympiques de Pékin, le 3 février dernier. Rappelons qu’en septembre 2007, Shin s’était classée 17ème des championnats du monde, assurant ainsi sa place parmi les vingt gymnastes qualifiées pour Pékin.
C’est la première fois en 16 ans, depuis les Jeux de Barcelone en 1992, que la Corée du sud remporte une qualification olympique en gymnastique rythmique. Shin Soo-ji sera d’ailleurs la seule gymnaste à représenter l’Asie.
La mère de Shin, Mun Gwang-hye, déclare qu’après chaque entraînement, les chaussettes de sa fille sont rouges de sang, à cause du froid qui craquèle ses pieds. Deux de ses orteils ont d’ailleurs déjà perdu leurs ongles.
Bien que gymnaste nationale, elle ne peut pas bénéficier d’un environnement plus pauvre en matière d’entraînement. Son entrée au Taenung National Village (centre olympique national) n’est pas acceptée car les coréennes ne sont pas considérées comme à même de remporter des titres en gymnastique rythmique. Heureusement pour elle, Shin suit des entraînements en Russie grâce à la Fédération Internationale. Pour le moment, elle est en arrêt pour cause de fracture au tibia et est donc revenue en Corée du sud cette semaine et ne participera pas au Grand Prix de Moscou qui a lieu ce week-end.
L’année dernière, elle a passé 200 jours à l’étranger pour prendre part à 12 compétitions et sessions d’entraînement. Actuellement, l’argent est son pire ennemi. L’entraînement en Russie coûte 300 000 won (environ 220€) par jour et elle le paye de sa poche. Dernièrement, ses parents ont été obligés de fermer leur compte épargne.
Ses tenues de compétition sont de seconde main. Ne pouvant pas s’offrir des tenues de plus de 2 millions de won (environ 1500€) pièce, elle achète celles précédemment portées par les russes.
Un peu de riz, des fruits et des compléments alimentaires sous forme de gélules (6 par jour) représentent ce qu’elle mange en une journée. Ce rythme n’est pas facile mais elle précise que lorsque quelque chose lui fait envie, elle se contente de regarder des photos de nourriture sur internet.
Bien qu’elle sache que la gymnastique rythmique n’est pas toujours reconnue, elle est particulièrement motivée quant aux succès récents de la patineuse Kim Yu-na et du nageur Park Tae-hwan. Selon elle, quand une star est née, même un sport impopulaire peut amener à la popularité. Elle est également persuadée que sa notoriété dépend de la maîtrise de son mouvement et de ce qu’elle dégage.
Son prochain objectif serait d’apprendre l’anglais et le russe (les deux langues obligatoires) afin de devenir la première juge coréenne internationale. Car sans présence coréenne dans les corps de juges, les conditions de jugement ne sont pas favorables aux gymnastes de son pays.”