Nathalie Deconninck est mère de quatre enfants dont la dernière, Hélène, a intégré l’INSEP pour sa préparation au sein de l’ensemble France à la rentrée 2016. Elle me fait part de son point de vue sur la carrière de haut niveau de sa fille et sur ce que cela a impliqué au niveau parental comme familial.

Bodychou : Tout d’abord, comment Hélène a-t-elle commencé la gymnastique rythmique ?
Nathalie Deconninck : Son frère a longtemps pratiqué la danse et indirectement ou non, Hélène a exprimé le souhait de faire de la danse à son tour. Elle avait 3 ans et demi quand nous l’avons inscrite à la danse et à la gym.
Pour la petite anecdote, avant que je ne sois enceinte d’Hélène, j’avais fait la rencontre de Cécile Philipps, directrice technique au club de GR de Sucy-en-Brie, à l’occasion d’un spectacle de danse de mon fils et je lui avais raconté que si je mettais au monde une seconde fille, elle ferait de la GR. Pourtant sans aucun calcul de ma part, le destin s’est finalement chargé de répondre à ma remarque de l’époque.

B : Comment avez-vous appréhendé la sélection d’Hélène au Pôle d’Evry ?
ND : Ce n’a pas été tant la sélection en elle-même puisque tout s’est déroulé par étape au fil des années mais ça a été davantage une adaptation, à la fois au rythme soutenu des horaires mais également, pour Hélène, d’apprendre à gérer un emploi du temps chargé, optimiser les temps de trajet en avançant sur ses devoirs du collège, travailler plus dur même sur des blessures. Si nos enfants nous surprennent sans cesse, j’ai découvert chez ma fille une force de caractère que je ne soupçonnais pas aussi déterminée face à la charge de travail que le sport de haut niveau exige.

B : Entre Sucy-en-Brie et Evry, votre organisation a-t-elle changé ?
ND : Oui, car même si les deux villes sont théoriquement à une demi heure de distance, en réalité pour la région parisienne, c’est deux fois plus de temps avec la circulation. Le Pôle d’Evry ne dispose pas d’un internat, du coup pendant quatre ans, à raison d’environ quatre heures par jour, nous faisions le trajet, Estelle Collard et moi, pour emmener nos filles. Nous habitons à 50 mètres l’une de l’autre et Danaé a jusqu’à maintenant le même parcours qu’Hélène – même club, même Pôle et même sélection en équipe de France – nos deux familles sont d’ailleurs devenues très proches depuis toutes ces années. La voiture était devenue notre bureau puisque les filles étaient souvent amenées à effectuer leurs devoirs pendant le trajet et même dîner quand les horaires obligeaient (période de DN notamment).

B : Cette organisation n’impactait pas votre vie professionnelle ?
ND : Une fois Hélène en Pôle, j’ai pris la présidence du club de Sucy. Je pouvais, d’une certaine manière, moduler mes horaires en fonction du besoin. Par contre, ce qui m’a vraiment fait bizarre quand tout s’est arrêté au bout de quatre ans, lorsqu’Hélène a intégré l’INSEP à Paris, c’était de devoir employer toutes ces heures à quelque chose de nouveau.

B : Selon vous, quel est le rôle d’un parent de sportif de haut niveau ?
ND : Avant tout, je dirai qu’il s’agit d’un rôle d’accompagnant et de soutien. Chaque jour, on appréhende et on module différemment sans jamais plaindre notre enfant ni rentrer dans le processus d’apitoiement en cas de déception. Au contraire, on est à l’écoute, et encore une fois, on accompagne et on soutient quoi qu’il advienne. En GR, comme dans la majorité des disciplines, les athlètes doivent se surpasser d’un jour à l’autre. Mais je n’ai jamais poussé Hélène, je lui disais plutôt que si c’était insurmontable, elle pouvait arrêter mais ce n’est pas ce qu’elle veut entendre, bien au contraire, on booste tout en restant dans notre rôle de parent et en respectant les décisions de chaque membre de la famille. D’une certaine manière, c’est une leçon de vie, car il s’agit de respecter ses engagements jusqu’au bout.

B : Pour une mère, la fierté est plus forte ou il s’agit de bien autre chose ?
ND : Au delà d’aimer ses enfants et d’être fiers de ce qu’ils sont, je dirais qu’on apprend à connaître son enfant encore plus profondément, ne serait-ce que sur l’endurance et le dépassement de soi, ce sont ces qualités qui sont une réelle source de fierté, bien au delà de l’exploit sportif. Il est primordial de faire confiance à son enfant et en sa capacité à s’engager, à surmonter les épreuves et à connaître ses ressources. Cette confiance fait souvent défaut en France en terme d’éducation et c’est quelque peu dommage car cela dessert les enfants au bout du compte. Laissons les nous surprendre, vous ne serez pas déçus !

B : Quant à vos trois autres enfants ? Comment vivent-ils la carrière de leur soeur cadette ?
ND : Ce sont ses premiers fans. Ils ont une réelle complicité, propre à chacun d’eux d’ailleurs. Dès qu’Hélène dispose de quelques jours de congés, si ce n’est pour les passer avec nous, elle n’hésite pas une seconde pour descendre sur Montpellier chez sa soeur aînée. Elles éprouvent un réel besoin de se retrouver toutes les deux. Puis, quand Hélène est en compétition, on est tous les cinq présents sauf si l’emploi du temps ne le permet pas. Ce partage d’une passion commune a généré une certaine synergie entre nous. On est devenu une petite tribu qui soutient le projet de l’un de ses membres. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a jamais eu de jalousie de leur part vis à vis d’Hélène.

B : Avez-vous fait des sacrifices ?
ND : Avec mon mari, on se disait qu’on n’aurait peut-être pas pu fournir autant s’ils avaient été plusieurs à vivre ce rythme effréné. Mais finalement, je me suis rendue compte que ce n’était pas tout à fait vrai, que nous nous sommes toujours débrouillés pour que nos enfants puissent faire ce qu’ils avaient à faire et les accompagner tous autant qu’ils sont, même si cela signifiait conduire l’un d’eux à l’autre bout de Paris avec un bébé dans la voiture. Nous ne nous sommes pas mis de frein, il s’agit simplement d’organisation, ni plus ni moins.
Des sacrifices, ce n’en était pas vraiment, si ce n’est que nous modulions nous vacances en fonction de son emploi du temps. Hélène bénéficie d’une semaine en juin et de quelques jours en septembre, donc nous faisons tout pour être toujours à la maison sur ces périodes ci car elle a besoin de se ressourcer parmi les siens. Pour ce qui est de boucler une destination de vacances, on décide de le faire passer au second plan et ce n’est pas si grave finalement. Puis l’année prochaine, ce sera déjà le bac de français donc on jonglera également en fonction. Encore une fois, il ne s’agit pas de sacrifice mais d’assumer nos choix.

B : La GR est-elle devenue une passion pour vous ?
ND : Ce que j’admire en France au niveau de la GR, c’est l’engagement des entraîneurs pour leur discipline et leurs filles. On sait bien que ce n’est pas le métier le plus rentable qui soit, ne serait-ce qu’en terme de disponibilité car il ne s’agit pas de pointer ses heures, les journées, les soirées et les weekends se confondent souvent. Et pourtant, c’est le sport qui prévaut sur tout le reste et reste leur principale source de motivation. Je trouve cela admirable.

B : Et avec les parents des autres gymnastes qui composent l’équipe, quels sont vos liens ?
ND : Il existe une très bonne entente entre tous les parents des gymnastes de l’équipe de France, nous sommes solidaires et complices, nous avons vécu une très belle
troisième mi-temps tous ensemble, en prenant soit d’être proches, de descendre dans le même hotel et de se retrouver au restaurant, à Pesaro pour les mondiaux. Ce fut une belle expérience humaine.

B : Pour vous, qu’est-ce qui doit être mis en lumière ?
ND : En tant que présidente de club, la Fédération, depuis plusieurs années met des outils à disposition des clubs. Access Gym, par exemple, est un formidable soutien pour offrir aux groupes loisirs des sources de travail. Hélène et Danaé en sont d’ailleurs les exemples puisqu’elles sont issues des sections loisirs avant d’avoir été sélectionnées par Cécile Philipps lors des des compétitions fédérales. Elles ont toutes deux, grâce au travail de leurs entraîneurs et de leurs capacités propres à gravir les échelons pour approcher leurs rêves. De mon point de vue, le sport doit être accessible à tous, peu importe ses capacités du moment qu’on persévère.

Crédit photos © Nathalie Deconninck / Olivier Aubrais / Fanny Cortyl

facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedinmail

Laisser un commentaire

  • Flux RSS
  • Facebook
  • Twitter
  • Contact

Au bord du praticable...

Prochainement

Où pratiquer la GR ?

Catégories

Championnats de France Championnats d'Europe Championnats du Monde Jeux Olympiques Jeux Olympiques de la Jeunesse Circuit Coupe du Monde Circuit Grand Prix Autres rencontres Communauté