Depuis l’entrée des ensembles dans le système olympique en 1996, les gymnastes évoluaient, jusqu’à très récemment encore, à cinq sur le praticable plus une remplaçante. A savoir que quatre gymnastes effectuaient ainsi deux enchaînements alors que les 2 dernières ne présentaient qu’un seul passage afin d’être remplaçantes en cas de blessure et éviter ainsi le forfait en compétition. Comme à chaque nouveau cycle olympique, les règles de participation changent et évoluent pour parfaire les valeurs universelles des Olympiades, parfois au détriment des athlètes. Ces nouvelles règles imposent que seules cinq gymnastes et non plus six concourent aux J.O. de Rio (BRA) faisant gagner ainsi des places supplémentaires tout en respectant le nombre d’engagées pour la gymnastique rythmique qui s’élève à 96 gymnastes, individuelles et ensembles confondus.
L’idée en soi est belle mais elle fait également écho au « sacrifice » de la sixième gymnaste et d’un membre à part entière d’une équipe qui met un terme à son rêve olympique. Noémie Balthazard, ancienne membre de l’ensemble France (2009-2015), a accepté de nous faire part de son ressenti sur cette modification qui représente un réel impact sur la discipline.

Bodychou : Tu as passé six ans au sein du collectif France. Peux-tu nous expliquer le(s) rôle(s) de la remplaçante ?
Noémie Balthazard : Dans un ensemble à six, je ne considère pas qu’il y ait de remplaçante, mais seulement deux gymnastes qui ne font qu’un seul exercice. Evidemment, elle se doit de connaître les éléments et placements de chacune mais elle se concentre plutôt sur ses éléments propres. Le rôle de la sixième gymnaste est d’accompagner le reste de l’ensemble d’abord sur un plan purement pragmatique (aller chercher de l’eau en compétition, aider à gérer les engins, etc), et surtout pour encourager et temporiser en amenant un œil « extérieur » à la situation.

B : Selon toi, qu’est ce que cette décision engendre pour la préparation d’un ensemble ?
N.B. : Elle peut être une bonne chose, cela permet plus de pression et de compétition entre les gymnastes qui donneront le meilleur pour être titulaire.
Ceci bien sûr si l’ensemble se prépare en amont à plus de cinq gymnastes.

B : Peux-tu nous expliquer le déroulement d’un entraînement pour une gymnaste remplaçante ?
N.B. : Il est globalement le même que pour une gymnaste titulaire aux deux exercices, à la différence que la gymnaste travaillera seule son enchaînement (éléments, parties..) pendant que l’ensemble s’entraînera à l’autre engin.

B : As-tu déjà été toi-même remplaçante ou uniquement titulaire ? Comment percevais-tu ce rôle à tenir ?
N.B. : J’ai toujours évolué aux deux engins, je trouvais ça tout simplement moins rébarbatif que de n’en faire qu’un seul.
Crédit photo © Olivier Aubrais

B : Après le forfait de l’Espagne en finale aux derniers mondiaux de Stuttgart (GER), doit-on comprendre que la situation est très risquée en cas de blessure ?
N.B. : La situation est toujours risquée en cas de blessure, cela fait partie du sport. Mais elle n’est pas pour autant perdue d’avance !

B : Règlement mis à part, en quoi est-ce une bonne évolution pour la discipline ?
N.B. : Pour ma part, je considère que c’est une bonne évolution à partir du moment où plus de pays peuvent participer aux Jeux Olympiques et la France n’aurait pas été sélectionnée aux prochains Tests Events sans cette nouvelle règle ! Une compétition « pour tous », n’est-ce pas purement l’esprit des Jeux Olympiques ?!

B : Quelles améliorations pourraient être apportées dans le code de pointage pour les ensembles ?
N.B. : Certainement un grand nombre, le tout est de rester en perpétuelle évolution !

B : Tu as mis un terme à ta carrière cet été, était-ce un sacrifice pour que l’équipe n’ait pas à subir ce choix juste avant les Jeux ?
N.B. : Je ne me suis pas sacrifiée en mettant un terme à ma carrière, même s’il est vrai que la sélection devient naturelle, le but n’était pas de laisser la place vacante. D’autres raisons m’ont incitées à prendre cette décision.

B : Que conseillerais-tu à tes anciennes coéquipières pour ce travail intégral à cinq ?
N.B. : Ce n’est pas facile de travailler seulement à cinq. Pas de blessure possible, ni de pression quant à la titularisation des gymnastes. Mais paradoxalement, cela peut créer une équipe encore plus soudée, et plus vigilante pour pouvoir performer sans encombre.
Je leur souhaite tout le courage nécessaire pour se retrousser les manches après ce championnat du monde où l’on a frôlé la crise cardiaque !